Hommage à ma pote

Hommage à ma pote
Une pote, tu sais c’est quelque chose d’en même temps indéfinissable et en même temps très commun. Mais ma pote, toi, tu n’avais vraiment rien de commun.
Tu avais pas peur de dire tout haut ce qu’elle pensait, de juger mais également de discuter chaque idée en la désossant pendant des heures.
Ton vélo dans Paris (parce que le métro c’était plus pour toi, c’était tellement pratique, rapide et sain en vélo !!!), tes longues jambes caracolant de ta démarche pressée,
ton petit bout de clope qui semblait coller à tes doigts par l’habitude.
Ta clope, c’était la seule que je supportais parmi toutes les milliards de clope, ça ne sentait pas grand chose, c’était discret. Et pourtant vu ma sensibilité…
J’aimais tant le “tu sais pas ce qui m’est arrivé ! c’est ouf !”, expression bien à nous qu’on employait à tort et à travers.
Ma pote, tu avais un avis sur tout, un peu comme moi, et on aimait rechercher pendant des heures sur le net pour dépecer l’actualité ou un sujet particulier. Tu étais critique, très critique, j’adorais ça. Avec toi, je me sentais très vivante, j’avais le droit d’être le pire de moi, de pousser les coups de gueule pas trop autorisés ailleurs, je me sentais bien, j’avais le droit de dire tout ce que je pensais des gens tout bas, tu “captais”.
Tu “cautionnais” ou pas. Ma salopette en jean avec mes escarpins, non tu ne cautionnais pas, tu te cachais le menton derrière ta main, tu penchais ta tête et tu tournais les talons, non tu ne cautionnais pas ! “Noémie là je ne peux pas”.
Nos conversations interminables sur la manière d’éduquer les enfants, sur comment les stimuler à devenir des êtes critiques, éveillés, heureux, tu avais un avis sur tout ça, tu cogitais sur tout, tu avais une intelligence hors du commun même si tu n’en faisais pas l’étalage. J’avais eu un peu peur à un moment donné qu’avoir un enfant mette de la distance entre nous mais en fait à mon grand étonnement pas du tout !
Tu étais perspicace, tu comprenais mes choix de méthodes innovantes en tout genre, tu étais curieuse et voulais savoir comment ça fonctionnait. Toi aussi tu étais de ce genre à tester tout un tas de nouveaux trucs !
Tu étais capable de comprendre pourquoi je m’extasiais devant des légumes de jardin au lieu de trucs calibrés de supermarché. Tu captais trop que je sois focalisée non plus sur bâtir mais sur reconstruire notre système alimentaire entre fermiers et urbains. Quand ta soeur avait pris le cap de ce changement durable pour les entreprises, tu étais trop fière, enfin on se retrouvait dans la même ligne toutes ensemble !
On a vécu des moments intenses, des charrettes de fou, des nuits à s’épauler, à ne pas craquer, à être ensemble et se soutenir. Tu as fabriqué chaque bac des 1500 structures métalliques d’arbre de mon terminal de bus de diplôme pendant 3 nuits, j’ai planché sur tes P4 aussi des nuits entières avec mes outils Photoshop. Tu captais pourquoi j’étais têtue, j’assumais que tu sois même pire que moi. J’adorais.
Comme Maxime a dit “C’est trop toi” parce que c’était trop toi, et aussi lui, et aussi toi, et moi, et les autres. Chaque ami était conjugué pour toi, chacun avait une relation plus ou moins fusionnelle avec toi.
“Marcher dans Paris, ici, tu vas trop kiffer”, c’est trop cool. Me raconter tes visites d’apparts, les mecs qui avaient croisé ta route, tes nouvelles recettes et combinaisons gustatives mais surtout tes nouvelles habitudes.
Tu étais trop forte pour commencer des nouvelles choses et programmes. Trop une volonté de fer ! Tu te lançais des challenges, tu découvrais tes limites, je trouvais ça passionnant. Je te posais toujours des questions embêtantes mais tu jouais le jeu et tu me répondais toujours sans détour sur tes émotions et ressentis. Moi j’ai jamais vu ta gym suédoise, mais par contre la période sans clope, la période jogging, et puis les expérimentations diète de vie, crème machin, jus truc, et puis un jour retour aux sources et aux produits naturels, qu’est-ce qu’on bavardait !
Et qu’est-ce que je ne m’en souviens plus ! Des bribes me reviennent mais en fait, quand on était ensemble, on vivait ! on était là dans l’instant présent, on ne pensait pas à demain et on passait des heures ensemble. Et on était pas fatiguées, on était juste bien, juste là. Chaque histoire devenait l’occasion de bavasser, d’analyser la société, comment sont les gens, comment ils se démènent avec leurs problématiques personnelles, j’adorais. Tu étais fine dans l’analyse, parfaitement humaine et sensible. Exactement le contraire de l’image que tu donnais. J’adorais. Tu étais à la fois complexe et simple, catégorique et paradoxale.
J’avais trouvé ma pote, l’unique, celle qui était faite pour partager ces choses-là. Et chaque mois sur skype on reprenait là où on s’était arrêté, à Paris, tu prenais ton vélo sous le bras, mon bébé sur mon dos et on traversait quartiers et bistrots, tout en étant concentrée sur les dernières histoires, ressentis, découvertes de gens et de choses. J’adorais.
Tu réagissais tout haut ce que je pensais tout bas, on se regardait hop un regard et on partageait ce qu’on pensait tout bas, c’était facile, c’était juste cool. Tu étais ma pote, la vie était simple.
On avait plein d’idées et de petits projets de vie qui venaient par millier tout le temps, on s’en foutait de ne pas les réaliser, ce qu’on voulait, c’est avoir envie, on était juste bien et heureuses.
On a eu aussi des hauts et des bas mais on pouvait pas être en froid, on était juste pas douées pour ça. Autant que tu étais pas très douée pour montrer tes émotions ou te laisser touchée par une émotion, autant j’étais ton contraire et pareil en même temps. On était juste comme des aimants car on portait sur cette vie un même putain de regard. Peut-être parce qu’on était filles d’instit ahah 😉 Et tes amis partageaient aussi ce regard. Et les miens aussi. Mais un peu moins quand même. Toi, tu étais la “plus”.
Tu avais des valeurs prononcées, certaines choses se faisaient, pas d’autres. Point barre. Et attention à celui qui croisait ces limites, il était juste regardé d’un air condescendant et perdait direct tout potentiel à discuter avec toi ou t’approcher. Désolé. Tu étais catégorique et on s’en foutait car tu étais honnête.
J’ai emmené dans ma vie des milliers de discussions qu’on a eu, elles me servent chaque jour, avant que tu t’en ailles, ça revenait souvent. Tu t’en es allée, ça revient sans cesse.
On découvre combien on aime quand on perd.
Je me demande encore ce que tu aurais dit de tout ce qui s’est passé. Si tu aurais cautionné. J’aime penser à toi et t’imaginer à côté de moi, est-ce que ça existe de tellement bien connaître une personne que tu l’entends commenter ce que tu fais et te souffler des conseils dans ta vie de tous les jours ? ou bien est-ce que si je croyais en quelque chose je pourrais me dire que ton esprit est jamais bien loin et qu’il veille sur moi et sur nous?
Je n’aurais jamais de réponses, je garde en moi nos vies heureuses, tout le bonheur partagé ensemble, toute notre heureusité et notre curiosité de vie partagée ensemble, la vie avec toi ma pote a été pleine, remplie, géniale. J’ai adoré.
Je n’ai pas de regrets aujourd’hui. Le hasard a décidé que ça s’arrêtait là pour de vrai. Je suis impuissante. Mais pour moi tu seras toujours ma pote, pour la vie.
Je n’arrive pas à être triste, je n’arrive pas à pleurer, je ne crois pas que tu aurais cautionner, mais je crois que tu aurais capté que ça nous fait un choc énorme et qu’on s’en remettra vraiment jamais.
C’est juste une évidence, comme toi tu étais ma pote. Je t’ai déjà dit ces dernières années combien tu comptais pour toi et que je t’adorais, alors qu’avant tu aurais pas pu recevoir ça, tu détournais maintenant la tête avec un sourire discret et t’empressais de ramener une nouvelle histoire à discuter pour ne pas tomber trop dans l’émotionnel. ça c’était bien toi. J’ai adoré qui tu étais.


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