10 leçons de confinement

10 leçons de confinement

16 mars 2020, la vie bascule. 16 mars 2020, je déménage avec ma fille comme seul bagage dans une maison sans eau, cuisine et toilettes mais chauffée. J’attendrais 3 jours pour avoir le tout et mon mari bloqué en Colombie. Ce qui aurait pu être dramatique nous a finalement enraciné dans notre nouvelle région. On en a tiré de belles leçons de vie. 

  1. Consommer local

Tout d’un coup, toutes les chaînes d’approvisionnement du monde sont bloquées. Et là on s’est alors aperçus que certaines choses continuaient de fonctionner : 

  • le menuisier du coin pouvait encore travailler avec ses matériaux locaux
  • les fermiers étaient toujours présents avec leurs étals abondants à se lécher les babines
  • le boulanger artisanal continuait vaillamment jour et nuit à boulanger
  • les italiens tenait la pizzeria du quartier coûte que coûte avec précautions et nous avons pu tisser une amitié

Faire des kilomètres ou se déplacer ne serait-ce qu’un peu trop, devenait presque embêtant, presque gênant, presque anormal. Comme si finalement on savait que ce n’était pas nécessaire. Qu’on est bien chez soi. Consommer aux alentours. Moins mais mieux. De manière plus entière, plus présente, plus connectée au terroir.  Quand le monde s’arrête de tourner, eux, nos artisans, sont toujours là, à continuer inlassablement leurs routines et leur métier. C’est comme s’ils étaient immuables, comme la lune et le soleil, dans un rythme bien huilé, ils vaquent à leurs multiples tâches. Mais finalement, nous savons qu’ils sont en danger de disparition, eux aussi. Donc nous consommons local, encore et toujours.

2. Se déplacer une fois par semaine

Quand se déplacer a été limité, ça a été comme une révélation. D’abord nous nous sommes rendus compte des heures passées, perdues, stressées de notre transport quotidien. En ralentissant tous ces déplacements, c’est comme si on prenait l’habitude de moins brasser d’air, de moins être partout, et d’être ici présent, plus ancré. Et tout d’un coup on réalise que prendre la voiture pour se déplacer, eh bien, ça pourrait devenir spécial. On pourrait espacer, on pourrait s’organiser, on pourrait faire une liste de courses et passer de 2 fois semaine à une fois semaine. Voire une fois toutes les deux semaines. Adjugé vendu !

3. Combiner l’école et le travail à la maison

S’il y a un an de cela, quelqu’un nous avait déclaré que l’on ferait l’école à la maison tout en combinant 2 jobs temps plein et une rénovation de maison, on lui aurait ri au nez.  On s’est débrouillé avec un rythme très strict et régulier : je faisais l’école à la maison le matin et Pieter l’après-midi, du coup je bossais de 13h à 23h chaque jour. Des fois cela faisait vraiment beaucoup et je bossais moins tard et rattraper le week-end. Pieter lui commençait ultra tôt le matin et faisait quelques réunions l’après-midi si besoin en gérant Astrid à côté de lui (coloriage, dessins, etc). Alors qu’auparavant, les temps ensemble se concentraient sur les week-ends, devoir planifier ce temps avec Astrid m’a fait le lui dédier vraiment, étant disponible pour toute activité, de manière spontanée. Avec moi, elle a fait plein de jeux de société, d’arts plastiques dans la nature ou encore de gâteaux. On a lu, on a dansé. Avec Pieter, elle faisait des projets comme à l’école où ils construisaient ensemble des choses : les papillons, les insectes, les lapins, le squelette, etc.  Aujourd’hui, de nouveau avec le rythme école/travail, le temps de découverte ensemble me manque et j’essaie de re-planifier du temps d’activité ensemble dans la semaine en travaillant plus tard un soir et en m’octroyant une moitié d’après-midi. Et de me préparer pour le weekend : avoir 2-3 activités dans mon sac prêtes à être activées !

4. Sans écran, comment on fait ?

J’ai la hantise de voir mon enfant devant un écran complètement absorbée, comme droguée et qui ne touche plus le monde réel (je n’ajouterais pas mon mari mais je pourrais l’inclure facilement dans l’équation 😉 ). Et ça depuis toujours, donc on limite un maximum. Les premières semaines de confinement, m’occupant d’Astrid seule, il n’y avait aucun écran. ça ne nous était même pas passé par la tête. Puis des fois on a regardé des petits documentaires ensemble ou chercher une information sur un animal. Et puis confinement et travail combiné oblige, il y a eu des moments où on a pas pu faire autrement que lâcher du leste. L’équilibre qu’on a alors mis en place a été de limiter le temps par jour mais c’est dur. C’est une bataille continuelle et chaque jour, plus je suis sévère, plus Astrid demande. On a essayé le sablier où on chronomètre mais ça ne fonctionne jamais. Ce qui fonctionne le mieux c’est de proposer une activité meilleure que l’écran. Du coup je prépare bien mon coup et le temps devant l’écran est limité. 😉 

5. Ici présent

Le confinement m’a fait prendre conscience de quelque chose auquel je ne faisais pas attention auparavant. J’étais là mais pas là. J’étais encore dans ma tête, à penser à mille et une choses du boulot, de ma vie, des choses à faire, de ma liste de courses, etc. Sûrement propre à pas mal de gens où le cerveau est sursollicité pendant la journée, arrêter la machine de guerre, c’est pas juste appuyer sur un bouton, non, il faut décélérer avant d’arriver à la maison pour être pleinement présent quand on y arrive. Or en confinement il y a zéro temps de transition entre les moments famille et le boulot et vu la pression pour gérer travail et école, j’ai dû forcément apprendre à faire ON/OFF en quelques minutes.  Les heures fixes m’ont vraiment aidé. Je savais qu’à une heure précise, je pourrais être totalement focalisée et du coup, j’ai dû apprendre à débrancher/rebrancher vite et efficacement. Je n’aurais jamais pensé réussir à faire cela avant. Et là avec la pression, ça a parfaitement fonctionné.  J’ai aussi remarqué directement qu’Astrid sent si je suis vraiment là et pas dans ma tête en même temps. Alors son énergie à elle est plus focalisée aussi. Sinon elle tire, elle crie, elle fait des choses pour attirer toute l’attention, des choses qui me font réagir très vite mais qui me font aussi repartir dans ma tête aussi vite. Du coup aujourd’hui, avec cette nouvelle conscience que j’aie grandi, j’essaie d’être vraiment là et nulle part ailleurs dans les moments en famille et avec elle spécialement. Petite astuce supplémentaire : Déposer son téléphone portable en silencieux au loin et ne pas le regarder aide beaucoup.

6. Petits appels rituels

On a aussi fait des appels FaceTime hebdomadaires avec la famille en France où Astrid pouvait discuter en français avec eux, leur montrer ses jeux, sa maison, leur faire découvrir son monde avec elle. Elle a appris à manipuler le téléphone, à l’orienter pour montrer des choses et c’était une manière de pratiquer son français.  Le fait de poser le téléphone avec la famille à l’autre bout qui, autour d’une tasse de thé ou avec leur minette sur les genoux, sont dans la même pièce que toi pendant que tu découpes, prépares à manger ou autre, c’est cosy, c’est agréable et c’est assez. ça connecte et ça fait du bien. Partager des petits moments de la vie de tous les jours comme ça, c’est quelque chose que l’on gardera. 🙂 

7. Les amis, moins mais mieux

Pas facile de passer d’une vie remplie de moments avec les amis à une vie sans. C’est difficile à imaginer mais en vrai, nous qui sommes extravertis et qui aimons vraiment passer du temps avec les amis, ça ne nous a pas tellement gêné. Les moments entre amis se sont concentrés autour du VTT et avec une amie, toujours la même, adoptée dans notre bulle. Avec les autres amis, nous avons échangé des messages, fait des appels vidéo planifiés, complètement dédié à l’autre. Cela m’a permis d’apprendre à mieux gérer mon énergie entre moments en famille, amis et seule : de mieux sentir ce dont j’ai besoin, ce qui me recharge. Je me suis rendue compte que je sortais beaucoup auparavant et qu’en faire moins me permettrait de garder plus de temps pour moi pour assimiler la vie et me réserver de l’énergie, devenir plus équilibrée. Je me suis aussi rendue compte qu’on fait beaucoup par habitude mais que rester chez soi, ça fait aussi du bien. Le confinement m’a aussi aidé à moins programmer, à dire non plus facilement mais aussi à remarquer quand et si c’est juste pour moi de partager ou pas. Et rester chez soi, c’est aussi super cosy… j’en ai profité… Cette période on l’a vécu comme un cadeau, un bon repli sur soi, un moment intime, et bien sûr que nous manquons d’un bon dîner entre potes ou d’un festival où aller danser, mais dorénavant, j’aurais plus conscience du dosage qui me convient.

8. La liste Amazon

En ralentissant j’ai aussi ralenti les achats. Avant, j’avais besoin d’un truc, j’allais l’acheter. (Bon ok, avant j’habitais en ville et là, j’habite à la campagne !) Du coup, à chaque fois que j’avais besoin de quelque chose, je le mettais sur ma liste ordi ou sur ma liste Amazon. Stocker l’idée. Et quelques jours après, re-contrôler si j’en ai toujours besoin ? En parler à Pieter qui me propose souvent une alternative ou me fait réaliser que ça peut soit attendre, soit être fait autrement. Le fait d’espacer le moment de l’envie et de l’achat m’a fait vraiment économiser mais aussi prendre conscience du mécanisme de consommation. J’utilise encore cela aujourd’hui. Soupeser vraiment un besoin pendant 3 semaines avant de décider de l’action à faire. Et pour cela, j’adore la liste Amazon car à l’inverse de plein d’autres e-shops, on peut stocker les idées sans pour autant commander ou commander ensuite sur un autre site ou boutique locale 😉.

9. La nature, c’est tout

Quand on a déménagé, les cartons ne pouvaient être déballés car rien n’était prêt. On ne savait donc plus trop où était les affaires. Du coup on avait très peu. De la peinture, des crayons et c’était tout. J’ai chiné sur Pinterest des idées d’activités et je me suis servie de la nature comme du support pour TOUTES les activités : le graphisme, la peinture, le land art, les parcours d’équilibre, les animaux, le jardinage, la boue et l’argile pour modeler… Les cartons de déménagement quant à eux devenaient les supports de peinture format XXL – des paons de 2 mètres aux milles couleurs envahissaient notre salon. Pour Pieter, c’était la nature pour le bricolage : projet papillon (comment on attrape des papillons), projet lapin (construire une cage à lapin), projet poules (construire un enclos pour les poules), projet insectes (construire un hôtel à insectes), un oiseau qui tape contre notre vitre (enterrement et apprentissage des oiseaux), … Qu’il est facile d’être créatif avec la nature ! Il suffit de passer 2 minutes sur Pinterest puis 10 minutes dehors et hop on a déjà mille idées de bricolage et d’activités ! J’ai aussi vu que notre petite fille s’est vraiment imprégnée de cette manière de faire et d’inventer. A ne pas oublier, continuons de pratiquer !!!

10. RA-LEN-TIR

La dernière et la plus grosse leçon de confinement, c’est la richesse du fait de ralentir. Ralentir sa vie. Aller moins vite. Moi qui ait toujours fait des milliers de choses, fourmillé de mille idées, été souvent par monts et par vaux, et toujours bien occupée, cela a été une année magnifique pour moi. J’ai appris à aller moins vite, à prendre le temps et à me reposer – je suis pas encore méga bonne pour ça mais j’ai fait de super progrès ! ahah. Et surtout à observer les bénéfices de cela, sans précipitation il y a plus de créativité, plus de beaucoup d’autres choses… Depuis le 16 mars jusqu’à aujourd’hui, décembre 2020, je contrôle quotidiennement si j’ai assez pris mon temps et je rectifie le tir si ça a été trop vite. Aller doucement, c’est avoir le temps d’assimiler ce qu’on vit, d’identifier les émotions, les nommer, absorber, se reposer, se ré-équilibrer chaque jour par rapport à ce qu’on vit, observer plus, écouter plus, parler moins. Se donner les moyens d’être plus présent et connecté à l’instant. Se suffire de moins. Se suffire d’être là, ici et maintenant. Quelle magnifique leçon de vie…


Je crois que ces 10 leçons de confinement, c’est presque une liste que je pourrais coller sur la porte des toilettes, et la relire comme des mantras chaque jour. Pratiquer. Pratiquer cet art de vivre que cette année 2020 nous a fait embrasser. Nous avons réappris le temps, quoi faire de son temps, prendre le temps, aller moins vite, ouvrir nos yeux et saisir les micro-opportunités qui sont à notre portée, sans beaucoup consommer. Être. Je sais que pour beaucoup, cette année a été plus rocambolesque qu’elle ne l’a été pour nous. J’ai choisi de tirer des leçons positives mais il y a aussi des jours où je n’avais pas le moral de voir des amis ne pas aller bien, de devoir être en poste maman+travail 15 heures par jour, d’attendre un évènement qui s’annula dernière minute et d’analyser les rouages d’une société où les institutions ne sont plus que des structures dinosaures dans nos temps modernes. Mais j’ai essayé de profiter de chaque heure, de chaque jour qu’il m’est donné de vivre et d’embrasser pleinement la simplicité du moment malgré la complexité de cette situation de confinement global. Et de pratiquer la gratitude pour chaque infime détail. On ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait.

Photo par Kenny Luo sur Unsplash.



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