Je pourrais accoucher 100 fois…

Je pourrais accoucher 100 fois…
Au début, il n’y a pas qu’un projet de couple mais tout un projet de vie… Donner la vie un jour a été quelque chose de spécial dans ma vie très tôt avec ma présence à la naissance de mon frère quand j’avais 3,5 ans. J’ai eu la chance d’avoir des parents engagés qui cherchaient à partager l’arrivée de ce petit membre de notre famille avec moi. Ils avaient choisi alors à l’époque en France une maternité déjà alternative s’engageant dans la relation mère-enfant la plus naturelle possible et les accouchements les plus physiologiques possibles dans la lignée de Michel Odent et Pithiviers, à Châteauroux.
Je me souviens comme si c’était hier des films de naissance visionnés comme préparation avec d’autres couples à la maternité et puis cette fameuse nuit d’attente où j’ai tellement aperçu mon petit frère arriver à chaque instant entre les jambes de ma mère pendant des heures. “Il arrive ! je le vois ! je le vois !” malgré les heures qu’il restait à attendre que les contractions fassent leur travail et l’amène à sortir. Je me souviendrais des impressions, de l’atmosphère, de la découverte, de l’excitation, de ma participation et puis des petits moments de cette naissance. J’étais petite, c’était un petit début, c’était magique mais ça s’inscrivait déjà dans la normalité de la vie.

 

Vers 9 ans, toujours passionnée par la maternité et la naissance, je préparais des exposés et un reportage sur la maternité de ma ville pour les autres élèves de ma classe et dans le petit journal de notre école. Entre 11 et 13 ans, je lus toute la bibliothèque “naissance” de mes parents sur la préparation à l’accouchement naturel, et contenant bien sûr pas mal de livres de Michel Odent, des photos des accouchements à Pithiviers, ce qui me fascina encore plus.
Je cherchais alors dans quelle maison de naissance je pourrais éventuellement accoucher un jour en France mais je découvrais qu’il n’y en avait plus.. Je vis qu’il y en avait en Belgique, et je me dis que j’irais accoucher là-bas puisque mes parents étaient bien allés eux accoucher à quelques heures de route de leur maison.
Puis la vie aidant, j’écoutais tous ces récits de femmes, de copines, de mères, pour en constituer mon patrimoine et les assimiler. Lu tant de livres… L’année dernière pensant que je voudrais moins lire quand je serais enceinte, je lus de nouveau d’autres livres plus contemporains en m’imprégnant des nouvelles recherches, des expériences de sages-femmes et en relisant certaines bibles de l’accouchement physiologique.

 

Les meilleurs (vous les retrouverez dans ma bibliothèque) :

 

Puis vint notre projet d’enfant et je tombais enceinte très vite. Dès le début pour moi il fut évident de se poser les questions ensemble : comment être suivie, quel suivi pour quel accouchement, quelle philosophie, quelle surveillance, quel accompagnement.
J’en parlais à mon docteur qui à ma surprise avait accouché à la maison et elle me donna une carte de visite d’un groupe de sage-femme à Gand. Puis de fil en aiguille, après des lectures passionnantes sur les risques à l’hôpital, les accouchements à l’hôpital, à la maison, etc.

 

 

… j’en vins à formuler une question, pourquoi aller à la maternité si on se sent en sécurité chez soi.
Ayant eu l’impression d’avoir déjà accouché des milliers de fois à travers tous ces témoignages, d’avoir déjà dans mes cellules les réponses à toutes ces questions, la confiance dans mon corps me permit aussi de conclure après toutes ces lectures que les réponses viendraient le jour même et pendant mon accouchement. Et que la meilleure manière de me préparer était de gérer mieux mon stress de vie et d’être bien accompagnée pendant la grossesse et pour l’accouchement. Ce fut le rôle de Mes sages-femmes de Gent Bevalt qui ont été du début à la fin personnelles, professionnelles, charmantes, à la fois soeurs, mères, amies.

 

Mais bon vous vous impatientez de découvrir comment cela s’est fait et comment est-ce que moi avec tout ce bagage j’ai pu aussi accoucher sans péridurale et pendant des heures durant garder le courage et l’énergie pour mettre au monde mon petit…

 

J’ai d’abord été arrêtée 2 mois avant la date des 40 semaines car mon col était court comme si l’accouchement allait se déclencher sous peu. Je ne remercierais jamais assez mon travail pour m’avoir donné autant de stress ces semaines-là… Mais bon je prends ma responsabilité, j’étais aussi sensible et la situation au travail a débordé, n’étant plus du tout évidente à gérer personnellement. Bref, donc pas de stress pendant 2 mois, à part que j’avais peur ce 8e mois que ça se déclenche. J’avais perdu un peu de confiance en moi en ne saisissant qu’à la dernière minute que je devais m’arrêter. J’avais quand même moi-même donné le signal mais je m’en voulais de ne pas avoir su me préserver autrement. Quelque chose que je devais apprendre. Donc pendant ce mois-là j’ai préparé des milliers de choses, fait des recherches, creusé chaque sujet autour de la naissance, du bébé, des soins, etc. J’ai vraiment eu le temps et l’énergie d’être entièrement focalisée sur notre enfant, sur l’accouchement, sur nous, sur moi. J’ai beaucoup aimé.
Après les 37 semaines, je me suis remise à faire des activités mais j’étais devenue quand même entre temps trop imposante pour continuer à grimper et fatiguée quand même si les activités s’enchaînaient trop vite. J’avais besoin de repos, de ne rien faire, de relaxation, de faire très peu. Très peu me rendait aussi très heureuse. Mes besoins avaient diminué. 🙂

 

Et puis vint la date des 40 semaines, mon corps était bien prêt, j’avais des contractions les nuits, je me réveillais comme si j’avais accouché toute la nuit, mais le matin après un réveil plein de courbatures, elles s’en allaient comme par magie et la journée se passait comme rien n’était. A la 41 semaines, la pression sociale était infernale, les sms de chacun, proches et non-proches devenaient insistants alors que les contractions chaque nuit étaient toujours présentes mais ne semblaient jamais enclencher l’accouchement en lui-même. Rendez-vous chez la gynécologue, j’étais à 2cm d’ouverture, le bouchon muqueux était parti, le corps était prêt mais ma tension était trop haute.

 

Cette tension haute était sûrement due au stress des derniers jours car le bébé étant derrière la symphyse pubienne, la douleur à chacun de ses mouvements était très aiguë et dure à supporter, j’ai souffert ces jours-là, chaque soir, je m’effondrais de fatigue de cette douleur. Mais le bébé allait bien et le reste aussi. La gynéco décida de ne pas attendre le week-end de la 42e semaine (date limite en Belgique) mais de déclencher le vendredi mais n’y croyant pas du tout, elle dit tout bas, je pense que la prochaine nuit va être difficile…
Effectivement cette nuit-là fut difficile avec plein de contractions qui commencèrent à être régulières toutes les 6min vers 17h et pendant 30 secondes. Mais rien ne s’enclencha vraiment et le résultat fut une fatigue prononcée le jour d’après.

 

Rendez-vous chez la sage-femme et là nous décidâmes de faire un décollement des membranes pour aider à déclencher avant le vendredi (2 jours après). J’avais très peur que cela me fasse mal après avoir entendu certaines femmes en parler mais mon col était tellement mûr que je ne sentis presque rien. J’étais alors entre 2 et 3cm d’ouverture ce jour-là. Elle me fit promettre de dormir directement après pour être prête au cas où cela se déclencherait vraiment. Je m’endormais avec des contractions et rattrapait un peu de sommeil. Mais quelques heures après les contractions s’étaient arrêtées.

 

Le lendemain jeudi, je pris rendez-vous avec l’acuponcteur pour le soir pour aider également car il ne restait plus que 24h avant le déclenchement. Entre temps la sage-femme vint me rendre visite et la tension était de nouveau normale depuis 2 jours donc elles décidèrent avec la gynéco d’attendre le lundi. J’allais chez l’acuponcteur qui m’installa des aiguilles du talon à la tête et me brancha même certaines aiguilles sur un courant électrique bas pour stimuler les points. C’était impressionnant ! A la fin de la séance, il me mit des petites billes dans l’oreille pour que je stimule à la main ces points-là comme suite à la séance. Il ne garantissait pas que ça se déclencherait dans la nuit mais sûrement le lendemain matin. Nous nous endormîmes sereins et nous dormîmes super bien jusqu’à vers 4h du matin où je sentis le bébé gigoter comme pas possible derrière la symphyse pubienne et une douleur à cet endroit-là vraiment presque insoutenable. Je ne savais vraiment pas comment me mettre pour soulager, je décidais de continuer à dormir. Et tout d’un coup je sentis le bébé descendre encore plus bas qu’il n’était (alors qu’il était déjà très très bas !) et plus de douleur derrière la symphyse. Je me rendormais sereine quelques secondes plus tard, heureuse de ne plus avoir cette sensation si désagréable qui ne me quittait pas depuis 3 semaines.

 

Et le matin, résultat des courses, toujours pas accouchée ! Je sentais que je perdais des gouttes de liquide mais il était impossible de voir cela et la sage-femme ne vit pas non plus quelque chose, un autre décollement des membranes se fit où elle sentit la poche des eaux. D’un côté la tête du bébé était collée au col donc pas possible de passer le doigt mais tout semblait intact. Mais je sentais toute la journée que je perdais quelque chose. Le soir, on vérifia de nouveau mais on ne put rien voir. Il fut alors pris rendez-vous à la maternité pour un monitoring et un contrôle avec la gynéco pour le samedi matin 7h. J’avais eu des contractions toute la journée dans tous les sens, j’avais dormi des heures durant, ma journée ne ressemblait à rien, je ne faisais plus rien. J’envoyais mon mari faire du sport car je n’en pouvais plus, je voulais être seule.

 

Ce soir-là je m’inquiétais car durant ces derniers jours j’étais arrivée à une simplicité de vie extrême, abandonnant toutes mes activités les unes après les autres pour me vider la tête, être dans la non-activité mais aussi pas dans l’attente, j’essayais de lâcher prise sur tout, trouver presque un état méditatif, un état minimaliste de vie. Je n’avais plus très faim, mon système digestif ne fonctionnait qu’au ralenti… je ne pouvais pas faire plus ! j’étais arrivée au bout de moi-même, de mon corps, de mes limites de préparation ! La sage-femme me dit alors quelque chose de très important à ce moment-là pour moi, que mon corps était mûr, archi-mûr, que je ne pouvais pas faire plus, que j’avais aidé mon corps à être prêt, qu’on avait fait le maximum, que le bébé devait aussi décider quand lui venait et que ça je ne pouvais pas contrôler cela, que lui seul pouvait donner le signal final. Et ça me fit prendre conscience que dans toute cette maternité, c’était aussi un partage de responsabilités, moi les miennes mais aussi mon enfant les siennes. Je m’endormais de nouveau sereine en ayant communiquer en visualisation à mon bébé combien j’étais prête et combien je lui laissais prendre sa responsabilité de venir au monde.

 

A 5h du matin, je me réveillais et pensais eh bien voilà nous n’aurons pas réussi à accoucher à la maison car je sais qu’ils découvriront ce matin que ce que je perds c’est bien du liquide amniotique (entre temps j’avais conclu que la poche des eaux était fissurée du côté où la tête du bébé était collée au col) et ce sera déclenché. Je restais dans mon lit, encore avec les petites contractions habituelles à méditer et lâcher prise sur cette histoire de naissance que l’on avait si bien préparé. Et puis j’étais sereine car si ça devait se passer comme cela, eh bien c’était comme cela, je n’avais pas non plus de problème avec cela. Je ne suis pas du genre à obliger le destin de provoquer quelque chose. J’ai énormément confiance dans la vie, je pense que rien n’est fait au hasard et n’arrive au hasard. Donc j’étais confiante.

 

Je descendis petit-déjeuner et me laver et là en mangeant j’eus 2 contractions très fortes où je devais m’arrêter pour respirer et me concentrer. Je n’y fis pas attention car ça m’était déjà arrivé. Mais au moment de prendre mon sac pour aller dans la voiture et partir pour la maternité, j’eus le souffle coupé et des contractions violentes se sont enchaînées les unes après les autres à tel point que je suis allée m’asseoir sur les toilettes, voulant trouver une position confortable. Là des contractions de 1min30 m’ont abattu avec entre chacun d’elles autour de 30sec. Je n’arrivais presque pas à reprendre mon souffle. La sage-femme arriva et vu mon état de panique quant à la violence de ces contractions, je vis qu’ils me regardaient avec mon mari avec un regard pas très confiant. Mon mari eut la bonne idée de me mettre dans la douche “peut-être pour soulager” et résultat des courses, j’y restais jusqu’à midi.

 

Pause
Le bébé avait choisi son moment lui aussi et c’était peut-être hautement symbolique car au moment où j’avais totalement lâcher prise, lui avait décidé d’arriver. 😉
Les jours d’avant ce moment ont été vraiment spéciaux, chaque jour lâcher un peu plus prise, aller jusqu’au bout de moi-même, arrêter mes activités, toutes et une par une, ralentir, faire le vide, vivre dans ce vide, faire le nid, ne plus être obnubilée, trouver un état méditatif, d’attente, d’espérance mais pas lourd, juste espérant. Et le moment était arrivé. Rien n’était sur le chemin de cet enfant qui s’apprêtait à sortir. Je n’avais plus rien, plus d’idées à suivre, plus de principes, plus de projets, plus d’envies non plus, j’avais juste besoin que la vie arrive. Tout était entre parenthèse, rien n’avait plus d’importance, c’était le moment de l’accouchement.

 

Reprise
Et puis cet accouchement en lui-même, la violence de ces contractions qui étaient là pour ouvrir, faire leur travail indubitablement. Aucune hésitation que oui ces contractions-là amenaient le petit vers la sortie. Et la panique de sentir ces contractions, ces vagues secouer mon corps sans pouvoir rien contrôler ni leur force, ni la douleur qu’elles causaient. Là je me dis, je respecte chaque femme qui se trouve dans cette situation et qui demande la péridurale car il n’y a pas d’autre solution envisageable pour elle à ce moment-là. Je ressentis un immense amour pour les femmes du monde entier qui mettait au monde des bébés et passer à travers ce tsunami.

 

Mais là je devais trouver un truc car j’étais chez moi et il n’était pas question de partir d’ici. Mais comment me concentrer sur ces vagues pour les accompagner ? J’avais été tellement prise par surprise, alors que j’attendais une naissance d’un premier enfant comme un crescendo ! Mais j’étais à presque 4cm le jour d’avant…
Alors j’ai trouvé un truc. Dans ma douche. Pour gérer ces vagues immenses qu’on ne peut pas ralentir, contrôler, et qui me submergeaient l’une après l’autre à une vitesse pas normale. De mes cris de douleur d’alors, la délivrance de l’eau ne m’aida qu’à me détendre entre chaque contraction.

 

Là j’eus l’intuition qu’il fallait que je soulage entre plus que le jet d’eau sur mon dos pendant la contraction et je mis de l’eau de plus en plus froide à chaque contraction. L’eau glaciale me faisait lâcher prise, comme de traiter la douleur par la douleur, alors je pouvais rentrer dedans, alors je pouvais mastiquer mentalement cette barre tantôt devant dans le ventre, tantôt derrière dans le dos, des barres de muscles, des barres qui devaient devenir élastiques et qui le devenaient visuellement dans mon esprit après 3-4-5 contractions. La pouvoir de la visualisation m’a énormément aidé… Je visualisais le travail de ces contractions. Je me souvenais de ce qu’écrivaient Maïtie Trelaün à propos des contractions : elles arrivent là où ça doit lâcher, elles ouvrent les parties du corps où ça doit ouvrir pour laisser passer l’enfant. Elles savent où ouvrir. Donc je visualisais que ces parties-là s’ouvraient.

 

Et puis le souffle. Je ne voulais pas faire de préparation à l’accouchement après tous les bouquins lus car ma conclusion avait été que j’allais avoir l’intuition de ce que je devais faire et j’allais le faire mieux que d’imiter quelqu’un qui l’enseigne (me connaissant ! Je ne dis pas que ça s’applique à chaque femme !!!). Alors la fameuse respiration haletante m’est arrivée spontanément et je ne l’ai pas arrêté pendant 7h ! (à en faire peur à la gynéco de garde à la maternité qui questionna ma sage-femme si je n’étais pas en hyperventilation ?! haha). Mais pas du tout, cette respiration était sans fin, tant que je pouvais respirer, tant que je pouvais tenir cette respiration qui s’accélérait encore plus pendant les contractions violentes, alors je pouvais tenir. Je me demandais comment je ferais si ça durait 10h comme cela honnêtement, tellement c’était violent. Je me préparais mentalement à travailler infiniment sans compter les heures, j’essayais de maintenir un état qui pourrait s’étendre pendant des heures.
Il faut dire que j’étais aussi boostée par le fait de sentir le bébé bouger et gigoter dans mon ventre et cela pendant toute la durée de l’accouchement ! Je sentais mon corps fonctionner pendant toutes ces heures.

 

Je passais 7h debout ou penchée sur le devant, les mains sur les cuisses, le jet d’eau froide sur le bas de mon dos alternant avec de l’eau chaude pour me réchauffer. La concentration était tout. Mesurer le pouls du bébé m’embêtait et me déconcentrait, je ratais une contraction et devait donc me re-concentrer. Je pensais intérieurement “Mais je sais qu’il va bien pas besoin de me le dire, je le SENS !!!” J’avais besoin d’être seule pour maintenir cette concentration car je n’avais aucun répit. Le peu de répit que j’avais, je pensais à mon bébé, je me reliais à lui, j’imaginais l’accueil et puis je me faisais surprendre de nouveau par une énorme contraction. J’essayais de raisonner aussi en me disant, j’interprète cette sensation très forte comme une douleur car on ne gère pas la douleur dans la vie de tous les jours, comment la faire passer dans un autre domaine de sensation où elle ne s’appelle plus douleur ?… c’est dur car nous n’avons pas les outils nous les femmes d’aujourd’hui… Pourtant on accouche et on accouchera encore pendant des siècles. Il nous faut urgent des outils pour arriver à l’accouchement préparées ! des vrais outils de confiance en soi, de connaissance de notre corps, de la douleur, des possibilités pour la gérer, des exercices mentaux, de relaxation, de respiration, des positions, il nous faut tellement encore pour arriver à faire ces Iron-man de femmes sans épidurale. Je me suis dit ce jour-là en plein accouchement qu’on arrive pas à un accouchement égales les unes aux autres et que c’est sur cela que notre société doit travailler. Je comprenais les femmes qui ont besoin d’aide dans ce moment-là et à qui la péridurale semble/est/sera un secours utile. Mais en fait j’ai aussi pensé à ce moment-là au rôle de la péridurale, de tout ce qui est écrit et ce qui est vécu, entre une copine qui l’a prise pour reprendre ses forces pendant 1h avant la poussée, d’une autre qui l’a direct prise car elle n’avait pas le courage ni l’envie d’affronter les contractions, d’une autre encore comme une commodité, d’une autre comme une délivrance car trop de stress venant de ces contractions dont la souffrance ne pouvait être gérée, etc… J’ai tellement envie de “travailler”, de me pencher sur cette question de comment on arrive à un accouchement. Ce jour-là je me suis dit, quand j’ai voulu un enfant, j’ai oublié de vouloir un accouchement. Moi aussi j’étais au début non préparée, je me suis faite surprendre par la violence que j’avais rêvée crescendo et qui a été aussi forte qu’avec un accouchement déclenché artificiellement.

 

Et puis pendant 5h sous la douche, alternance d’eau glaciale et d’eau chaude, je tremblais, dès qu’on venait, je disais que j’en avais marre !!! que j’avais mal !!! mais dès que j’étais toute seule, je continuais coûte que coûte sur ma route, je ne pouvais pas m’arrêter, je devais aller au bout, je voulais y arriver, mon courage ne défaillait pas, mon corps debout, tellement concentré tenait, il ne faiblissait pas, l’endurance… et puis le bébé bougeait :). On était deux.

 

Et puis à midi, j’ai poussé car je sentais cette envie car il y avait quelque chose qui devait céder je sentais. La poche des eaux s’est alors brisée et là, c’était jaune. J’ai appelé la sage-femme et on s’est regardé dans les yeux, profondément et on savait ce que ça voulait dire (méconium dans la poche des eaux donc risque à la naissance) et elle a énoncé ce qu’on s’était échangé d’un regard : “On part à l’hôpital”. La fameuse phrase qui aurait été tabou dans d’autres circonstances, quelques semaines avant, qui aurait sonné comme un couperet ou comme la fin d’un rêve ou d’une idée, mais là c’était une phrase d’action, de promesse aussi de la naissance proche, mais surtout une manière pro-active de choisir notre naissance ensemble, comme en équipe. En l’espace de 10 minutes, je suis passée de la douche de chez nous à celle de la salle d’accouchement, j’ai dû gérer 4-5 contractions dans la voiture et sur le fauteuil roulant mais la sage-femme stagiaire ne faisait que me répéter “Reste concentrée, vas-y continue, tu fais ça très bien” et finalement sur cette litanie j’ai pu rester dans mon monde comme si cela me berçait et m’a aidé à moins sentir la douleur, presque à être calme… Les contractions s’espaçaient légèrement, j’étais alors en quittant la maison à 7cm. Il était midi. Et puis dans cette douche, j’ai le souvenir de quelques contractions encore douloureuses avant de passer à certaines différentes, venues de très loin dans moi, me poussant à hurler comme une sauvage de la préhistoire en me cramponnant à la barre de cette douche à l’en arracher… Jamais tirer aussi fort sur quelque chose, c’était mon ancre, c’était un pieu, je le détruisais, à chaque contraction, je m’y attachais, je l’arrachais comme à ses entrailles… Peu à peu le bébé descendait et la sage-femme est venue regarder s’il était bien placé. Alors sentir le pouls du bébé ne me dérangeait plus, ces femmes pouvaient m’approcher, elles ne me dérangeaient plus comme pendant les dernières heures. La phase de poussée avait commencé… 1h après, l’une me proposa avec conviction : “Veux-tu venir sur le tabouret d’accouchement? Je suis sûre que ça va te plaire !” J’ai eu l’impression de sortir de la douche et de ma transe d’un coup et en trombe directement d’aller m’asseoir sur ce tabouret qui fut tellement agréable après toutes ces heures debout ! Alors mon mari se mit derrière moi pour que je lui broie les mains à chaque poussée et autour de moi, les 4 sages-femmes et la gynéco m’incitaient, me soutenaient, accompagnaient chaque poussée… ce fut un moment magnifique, je puisais dans leurs paroles, leur aide, leurs encouragements, leurs réponses (ça brûlait, ça me faisait peur, je paniquais même au moment où la tête passa…) et toute leur énergie me servit à mettre au monde ce petit qui hurla dès que sa tête fut sortie, excluant tout doute de risque dû au méconium. 🙂 héhé

 

Cette phase fut pour moi comme mettre au monde un enfant tous ensemble, je fus rassasiée et baignée de bonheur d’avoir été ensemble, cela me rendit très heureuse. Un travail d’équipe.
Je ne sais pas si j’aurais aimé être seule dans cette phase alors que pour le reste je ne supportais la présence de personne. Bien sûr cette longue phase seule était magnifique mais personnelle, elle m’appartenait, elle m’appartiendra, c’était une négociation de moi avec moi-même, personne ne pouvait partager cela mais chacun a et aura une expérience unique, de négociation avec soi-même je pense… Alors que cette phase finale était comme un bouquet final, un feu d’artifice, remerciant tous les efforts, et laissant traverser les dernières portes du corps par ce petit corps.
L’enfant naquit et étendant les bras en criant, nous rencontrâmes notre enfant. C’était une petite fille. J’étais émue. Je crois que ce moment de reconnaissance a été très fort. J’ai reconnu cet enfant comme le mien, qu’il ait été fille ou garçon, rien n’était plus beau que de le “reconnaitre” dans sa première identité. Alors cette petite fille qui gesticulait eut son cordon coupé par son papa pour enfin reposer sur moi (le cordon était court car le placenta haut dans l’utérus donc on ne put pas attendre que le cordon ne battit plus). Et là pendant qu’elle pleurait puis se calmait peu à peu, je regardais tout ce monde pour les remercier de leur soutien et de leurs efforts, c’était vraiment grâce à eux que ce moment nous appartenait tant.

 

Cette petite fille gesticulait et regardait partout autour d’elle. Elle chercha à téter quelques secondes après avoir été sur mon ventre et ne lâcha le sein que pour être habillée quand je pris une douche 1h après.
La sortie du placenta qu’on oublie toujours de décrire dans les livres (moi j’ai manqué de renseignements sur cela, j’aurais aimé en savoir plus, lire plus de récits de femmes sur cela…) a été plus dure que ce qui est dit partout et par beaucoup : “Tu verras ça ne semblera rien du tout car tu seras absorbée par le bébé et très heureuse, en un coup ce sera fini…” Bref, étant aussi captivée à regarder notre petite fille qui acquit son prénom à ce moment-là, je ne voyais pas l’heure tournée et la sage-femme me demanda de pousser pour voir si ça sortait un peu. L’autre regarda un peu le cordon qui pendait entre mes jambes mais ce n’était pas encore prêt. Comme l’heure tournait et que dans les hôpitaux, il n’y a pas 3h mais 1h30 pile, alors la sage-femme me massa un peu le ventre (c’est très désagréable mais ça aide) et j’eus des contractions, puis ça s’arrêta puis encore un peu après après un peu plus de massage j’expulsais le placenta en me trompant encore (je sentais ça même si ce n’était sûrement pas cela) : en poussant d’abord avec les muscles du ventre et du périnée avant et puis pour la sortie du périnée arrière. Très intéressant d’ailleurs cette conscience très différente des différents muscles. (Je dois dans le futur plancher sur la question, il y a là beaucoup à découvrir en conscience de soi…) Donc la sortie du placenta et autres, poche des eaux, etc se fit en deux temps où tout fut éclabousser de sang dans les alentours (très bon à savoir pour le prochain accouchement à la maison ;)). Mais honnêtement à ce moment-là je n’étais pas du tout contente de devoir encore me concentrer sur cela, j’avais juste envie qu’on me laisse tranquille et concentrée sur mon enfant.

 

Finalement je tremblais de fatigue et avant cette petite douche, je mangeais une barre d’Ovomaltine qui me permit de tenir debout pour la prendre. Vu que tout s’était passé parfaitement et qu’avec les hormones de cet effort gigantesque, j’étais d’une humeur d’enfer, nous décidâmes de rentrer à la maison après avoir signer tous les documents de prise de responsabilité.

 

Quant à la vitamine K, je demandais aux sages-femmes de l’hôpital ainsi qu’aux nôtres d’évaluer les risques: 0 donc pas de vitamine K. Et par rapport à tout le reste, les sages-femmes vinrent chaque jour pendant une semaine puis chaque 2 jours pendant une autre semaine, moment où nous pouvions être “lâchés” puisque tout allait bien.

 

Dans un autre article, je parlerais de ce suivi après accouchement qui fait une immense différence.
Mais voilà, cela était le récit de la naissance de notre première fille. Et quel récit heureux. J’ai ce souvenir d’un accouchement à moi, de l’accouchement de la mère que je suis devenue en une seconde, j’ai un souvenir fantastique.

 

Et ce souvenir mais aussi tous les questionnement qui ont précédé et qui ont suivi m’emmène désormais sur une autre longueur de vie : je veux compléter mes connaissances et accompagner d’autres femmes et couples dans cette aventure si riche mais aussi si fragile. Je vais suivre une formation de doula cette prochaine année et nous verrons bien la suite…

 

 Crédit image : Leilani Rogers.

 



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