Escalade et maternité

Avant de tomber enceinte, nous avions l’habitude d’aller faire de l’escalade 2-3 fois par semaine dans une des bonnes salles belges, notamment à Woluwe à Bruxelles. Après un petit voyage en avril au Siurana à côté de Barcelone où je puis grimper mes premières 6a voire 6b en tête dehors, le beau temps arriva ainsi que la création de notre petit et les premiers mois de grossesse où je me suis sentie endormie et lourde la plupart du temps. Le tempo s’est totalement arrêté jusqu’aux dernières semaines d’août où la fameuse salle Biover à Gand a ouvert. Une des plus grandes du monde. Waouh ! tellement de chance avec ce projet !
Bref, mon mari habitué à construire des routes dans le précédent complexe à Gand, a commencé à travailler dans la salle en préparation et l’envie m’a repris à 3,5 mois de grossesse.
D’août à fin novembre (7 mois), j’essayais de grimper 1 à 2 fois par semaine pour le plaisir et pour entretenir mon corps changeant. Voici un peu quelques notes sur cette expérience.
Le plus important en grimpant était alors de préserver mes abdominaux et les utiliser le moins possible. Facile vous me direz car ils ne répondaient pas trop présents mais quand même, je devais faire attention à ne pas bloquer ou m’élancer d’une prise à l’autre. S’ensuivit alors toute une période d’adaptation où je devais compenser par mes jambes et mes bras ce que je ne pouvais plus faire avec le ventre et je devais également trouver des astuces techniques. Mon corps changeait tellement vite pendant ces mois-là que j’essayais vraiment de ne pas manquer une semaine sinon je devais encore plus travailler pour m’habituer à ce nouveau corps.
Je sentais que l’escalade me faisait un bien fou aux hanches et je gardais ma flexibilité et souplesse pour me baisser, être accroupie, monter la jambe, etc. Ma vie de tous les jours s’en ressentait. De plus l’énergie et les bonnes hormones de l’activité sportive me faisait du bien mentalement également.
Les premiers temps je restais dans les 5a, 5b, 5b+ puis je rétrogradais dans les 4 le dernier mois.
A la question que tous les non-grimpeurs posaient : mais ce n’est pas dangereux ?! Je répondais : bien sûr que non quand on ne le fait pas en tête car en cas de chute, tu pars en arrière donc aucun risque de choc pour le ventre. Je ne faisais donc pas en tête et je restais dans des routes de mon nouveau niveau m’entretenant sans chercher de grosses difficultés ou à progresser à tout prix. Si on compare au vélo en ville que la plupart des femmes font jusqu’à la fin de la grossesse, il y a beaucoup plus de risques de chute grave et non contrôlée.
J’utilisais également uniquement la moulinette et laissais mon reverso favori au placard.
Et non, ça ne tirait pas sur le ventre car les baudriers passent sous le ventre. Le bébé était placé très bas durant toute ma grossesse et ça ne m’a jamais empêché de grimper. Par contre, j’ai effectivement adapté ma descente du 6e au 7e mois, quand je redescendais, alors je me penchais vers l’arrière et me tenais à la corde, transférant la tension abdominale dans les bras et laissant la place à mon ventre rond. Et après avoir adapté ma position quand je faisais redescendre mon partenaire (à genoux pour moins utiliser mes muscles abdominaux), je dus arrêter d’assurer le 7e mois car le baudrier tirait trop et ne laissait plus de place au ventre. Nous avons pensé acheter un baudrier pour femme enceinte mais 90 euros pour quelques semaines, nous n’étions pas sûrs que cela vaille le coup donc nous avons fait avec le baudrier normal que je réglais de plus en plus grand au fur et à mesure que je grossissais (de partout aussi 😉 ).
Et est-ce que le ventre ne gêne pas ? Effectivement c’est ce qu’on pourrait penser au premier abord mais c’est bien la dernière chose qui gêne quand on monte ! Il suffit de se tourner, de trouver de nouvelles positions, de prendre en compte le ventre dans son style. Certaines voies demandant de raser la paroi étaient quand même impossibles. Je privilégiais donc d’autres voies me permettant de travailler dans l’espace et moins le nez dans la paroi.
Et comment gérais-tu l’effort pour ne pas en faire trop ? Ce que je conseillerais à chaque femme, c’est que chaque grossesse étant unique, il n’y a aucun conseil général qui vaille pour toutes, juste celui-ci, il faut suivre son intuition, son envie aussi, son corps et sentir quand il faut se reposer, ne pas pousser, arrêter, etc. Le corps enceinte évolue aussi dans le sport, mais il est plus fragile et a de nouvelles limites donc on doit se mettre encore plus à son écoute que d’habitude.
Je sentais quand ça contractait trop, je prenais de plus grandes pauses entre chaque route. Je diminuais le nombre de routes faites par séance. J’en profitais pour observer les autres grimpeurs pour apprendre davantage.
Certains jours, des 5b+ étaient possibles, d’autres jours même une 4 était hyper dure. Donc je variais, j’essayais, j’arrêtais quand je sentais que j’étais trop fatiguée, que je ne pouvais demander plus à mon corps.
L’escalade m’a apporté de la confiance dans ce nouveau corps, de l’endurance en grimpant et en devant moduler mon souffle et mon rythme cardiaque dans cette nouvelle situation. J’ai grandi cela pendant ces mois-ci. Cela m’a fait un bien fou. Egalement un moment où je pouvais voir d’autres gens, rencontrer de nouvelles personnes.
Quand j’ai arrêté, je venais avec mon fauteuil de camping continuer d’observer les autres, participer au moment d’escalade. (J’ai eu par contre froid certains jours, donc précaution à prendre de bien se couvrir, 2 fois plus que normal car ça augmente beaucoup la fatigue.) J’ai commencé à faire un peu de fitness pour garder la forme et ça m’apportait une dose d’hormones suffisantes pour être bien en forme mentalement aussi.
L’escalade m’a permis de me ré-approprier chaque semaine ce corps qui se transformait autant. A chaque fois que j’ai grimpé, cela m’a aidé à accepter les changements qui arrivaient et à faire de ce corps le mien plus facilement.
J’écris cet article maintenant après coup. Nous sommes presque à 6 semaines après l’accouchement et ça me démangeait depuis quelques temps de reprendre. J’en parlais sans en avoir le courage jusqu’à hier. J’ai recommencé à zéro, de mes 4 habituelles de fin de grossesse.
Sachant qu’il y a un délai conseillé de 6 semaines après l’accouchement pour laisser le temps aux muscles du périnée de se remettre en place, de se remuscler, j’y suis allée vraiment molle en essayant de sentir où est-ce que cela travaillait et comment mes abdominaux travaillaient. Un conseil que l’on m’avait donné était que si je devais contracter les abdominaux alors il fallait commencer par contracter le périnée. J’ai donc essayé vu la difficulté de penser au périnée dans les routes d’utiliser au minimum les abdominaux comme pendant la grossesse.
J’ai également avec le portage quotidien de notre petit déjà bien re-musclé le périnée et les ados mais sans forcer. Je commence dès aujourd’hui les petits exercices du périnée et les 15 minutes par jour de contractions, notamment avec ce site et leur application super.
Je suis curieuse de comment cela va évoluer dans les prochaines semaines. J’évite le block car il faut trop utiliser les abdominaux. Mais je vais recommencer en tête pour profiter du soleil !
Encore une fois, il faut y aller en douceur et je cherche pour le moment à travailler en endurance et non en force, retrouver la souplesse et l’équilibre entre les jambes, les bras, les mains et les abdos.
Et mon véritable challenge pour les prochains mois, retrouver cette force incroyable de la respiration ressentie pendant les 7h non-stop d’efforts de l’accouchement…!